PDF Imprimer Envoyer

Des maisons en paille pour répondre aux problèmes
environnementaux des briques en terre cuite dans le Nord de la Chine.

Contexte

La croissance économique de la Chine est remarquable et elle devrait bientôt être l’une des principales puissances mondiales. Toutefois, cette croissance rapide se fait au détriment de l'environnement. Au cours des dix prochaines années, la Chine va devenir le principal marché mondial pour le secteur de la construction. Or en 2008, la Chine était déjà le plus grand émetteur mondial de gaz à effet de serre, avec 70% de ses émissions attribuables au secteur du bâtiment (construction et opération des bâtiments). Le développement de solutions de construction durables, respectueuses de l'environnement et consommant peu d’énergie en Chine est donc un sujet de préoccupation internationale.

Ce constat est d’autant plus alarmant que des études montrent que les agriculteurs souhaitent remplacer leurs vielles maisons en adobe par des maisons en briques de terre cuite dès qu’ils en ont les moyens. Or la production de briques est catastrophique pour l’environnement. L’industrie de la brique détruit chaque année 63.300 hectares de terre arable pour en récupérer l’argile et consomme 100 million de tonnes de charbon. De plus, les maisons en briques offrent une très mauvaise isolation contre les froids sévères qui sévissent en hiver dans le nord de la Chine (jusque -40°C), obligeant les familles à consommer de grandes quantités de charbon (environ 5 tonnes par an pour une maison de 80m²). C’est une source important de pollution local en plus de leur participation non négligeable aux émissions de gaz à effet de serre du pays.  A tout cela vient s’ajouter le constat que les constructions en briques sont très peu résistant aux tremblements de terre, fréquents dans la région.

Des maisons en paille.

reportage11-SBB-chinePartant de ce constat l’ONG américaine ADRA participe depuis une dizaine d’années à la diffusion de maisons en paille en réponse à ce triple défi.
Tout a commencé en 1998, lorsque l’ADRA a relevé le défi de reconstruire une école détruite par un tremblement de terre en utilisant des bottes de pailles. Cette nouvelle école, construite dans le nord de la Chine, s’est avérée avoir de bien meilleurs performances thermiques (elle consomme 40% moins de charbon) tout en améliorant le confort des élèves et leur sécurité par rapport aux tremblements de terre. La construction de l’école a été réalisée de manière plus économique qu’une école standard et avec des techniques de construction simples et réplicables,

Ce succès fut la porte d’entrée pour un premier projet pilote dont l’objectif était de construire 20 maisons en paille en Mongolie Intérieure. Au cours des années suivantes, le projet a pris de l’envergure et maintenant ce sont plus de 700 maisons en paille qui ont été construites dans les 3 provinces les plus au nord de la Chine.

Histoire de la construction en paille.

La construction en bottes de paille est une technique respectueuse de l'environnement qui utilise des « déchets locaux » (la paille) pour l'isolation des murs et parfois comme structure portante. La construction en paille a trouvé son origine à la fin du 19ième siècle aux États-Unis, lorsque des agriculteurs ont commencé à l’utiliser pour des abris temporaires. Ayant remarqué les qualités thermiques de ce type de construction, ils en ont ensuite fait leurs propres maisons. A la fin du 20ième siècle, les écologistes à la recherche de systèmes de constructions durables redécouvrent les avantages de la paille. L'utilisation des techniques de construction en paille, que ce soit pour l’habitat ou les bâtiments publics, s’est depuis rependue peu à peu à travers le monde.

Avantages de cette technique dans le contexte Chinois.

Cette technique présente de très nombreux avantages dans le contexte du nord de la Chine. Parmi ces avantages, il convient de citer les suivants :
  • Le paille (de blé et de riz) est localement disponible en grande quantité dans cette région. Dans certaines zones, la paille est même considérée comme un déchet et est brûlée dans les champs.
  • Les coûts de construction en paille sont similaires à ceux observés pour les constructions en briques, voir moins cher pour les agriculteurs qui possèdent leur propre approvisionnement en paille.
  • Il s'agit d'une technologie adaptée, facile à enseigner et à répliquer.
  • Les maisons en paille sont très économes en énergie et permettent d’économiser 50 à 68% des besoins énergétiques pour le chauffage tout en améliorant le confort des habitants.
  • Elles sont plus résistantes aux séismes que les constructions en briques.
  • La substitution de briques par la paille lors de la construction permet de limiter les impacts négatifs liés à la production de briques en terre cuite et de diminuer drastiquement l’énergie grise du bâtiment.

De nombreux défis restent à relever.

reportage11-SBB-chine (1)Malgré les nombreux avantages de la construction en paille sur les maisons en briques, de nombreux défis doivent être relevés si l’on souhaite développer cette technique de construction à grande échelle.

Le principal défi devant être relevé est très certainement l’acceptation sociale de cette technique de construction. En Chine, comme partout dans le monde, la construction d’une maison représente pour une famille le plus gros investissement qu’elle aura à réaliser au cours de sa vie. De fait, elle est très conservative au regard des différentes innovations qui peuvent lui être présentées. De plus, la maison est un indicateur de la réussite sociale. De fait, la grande majorité des agriculteurs aspirent à construire au plus vite (dès qu’ils ont assez d’économies) une maison en brique qui est dans leur culture symbole de richesse et de réussite. La maison en paille, utilisant des matériaux naturels, est donc regardée comme une construction « pour les pauvres » de part sa ressemblance avec les maisons traditionnelles des agriculteurs construites en adobe ou en pisé (mélange de paille et de terre).

Afin de répondre en partie à ce défi et pour convaincre les futurs bénéficiaires du projet de la solidité des constructions en paille, ADRA a choisi de retenir une structure en brique pour leurs maisons.
Un « squelette » de brique est donc construit et la paille ne sert qu’à remplir les murs entre les colonnes de briques. Bien que cette solution ne soit pas idéale du point de vue des performances énergétiques du bâtiment, c’est très certainement une condition sine qua non pour rassurer les familles et pour permettre l’introduction et la diffusion de cette technique de construction.

Mais malgré ces efforts, ainsi que l’implication des collectivités locales et provinciales et la distribution de subventions, le développement des maisons en paille a encore un long chemin à parcourir avant de s’imposer comme une technique de construction standard au même titre que les bâtiments en briques ou en ciment.
 

Newsletter

Pour être tenu au courant des dernières nouvelles!!! Newletter Recevoir du HTML?


Habitat Solaire Asie
est membre de :



Sustainable Architecture & Energy Scaling Up Project :